24 mai 2005

Le village gaulois brave le village planétaire !

euroaffappel1218

« ... il faut s’encourager soi-même et s’encourager les uns les autres à stimuler ce qu’il y a en nous de simplicité, d’ouverture, d’intelligente gratuité, et à refuser fermement ce qui l’asphyxie... »

Quel est, pour ma part, l’enjeu du NON à la constitution européenne ? Un repli frileux sur le territoire national ? La peur de l’autre ? Ou encore ... le rejet des statuts du club de foot (Giscard), du règlement de co-propriété (Delors) ou du règlement d’ordre intérieur (Rocard) ? ... Rien de tout cela !

L’enjeu véritable du NON, c’est le refus du « tout à l’économique », la défiance envers la réduction de l’homme en « homo oeconomicus ». La soumission des individus européens, riches de leur spécificité, diversité, épaisseur historico-socio-culturelle aux diktats unilinéaires du marché européen (à moyen terme) puis du marché mondial (à long terme) ; c’est cela qu’organise, jusque dans les moindres détails, la constitution européenne.

Accepterons-nous que l’individu devienne une simple excroissance du marché, un accident de l’histoire économique ou bien ferons-nous en sorte qu’il demeure au centre du village ? Ferons-nous fi de tant d’années de luttes pour l’y placer, au centre du village ? Allons-nous pousser l’amnésie jusqu’au point d’oublier qu’il n’en a pas toujours été ainsi ? Indécrottables enfants gâtés, prodigues.

Le NON à la constitution, c’est le village d’irréductibles gaulois qui brave le joug de l’occupation romaine.
Reconnaissons-le, nous vivons depuis des lustres sous l’occupation de marché. Tout ce qui constitue notre substance tombe irrémédiablement dans le système de la valeur marchande : nos relations aux objets sont devenues production/consommation de marchandises ; nos relations aux autres se réduisent petit à petit en production/consommation de services. Comment est-il possible que cela aille de soi ? Comment se fait-il que le célèbre passage d’Heidegger « ... La centrale n’est pas construite dans le courant du Rhin comme le vieux pont de bois qui depuis des siècles unit une rive à l’autre.

C’est bien plutôt le fleuve qui est muré dans la centrale ... » deviennent tout à coup incongru voire incompréhensible pour la plupart de nos concitoyens ? Qui sommes-nous devenus ? .... NON ... que sommes-nous devenus ? Des choses de marché !

Ou sont donc passés le don, la gratuité, la générosité, la bienveillance, l’ouverture, la tolérance, la gentillesse, l’auto-dérision, l’ambivalence, l’imperfection, la faiblesse, le mystère, l’incertitude, l’humilité, l’émerveillement, l’irrationnel ... Balayés ! Verdict : non rentables !

En tant que belge ... et peu fier d’avoir voté oui sans mon consentement, j’applaudis l’irréductibilité française :

Merci Gargantua, Pantagruel, Rica, Usbek, Micromégas et les autres ...Merci ...

« ...L’idée est là, et elle n’est plus folle. C’est une acquisition pour toujours ... La laisser cheminer ... »
Jean Sur « Le marché de résurgences (XIX) »

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Posté par le mouton noir à 23:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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